De la Démocratie « Lòbèy »

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Fille de la démocratie libérale, la démocratie « Lòbèy » expose les caractéristiques fondamentales suivantes : négation de la gestion, mépris du citoyen, appels quotidiens au « restavecquisme » international.

Postérieure à la dictature à vie, la démocratie « Lòbèy » a fait de la « transition qui n’en finit pas », concept développé par PR Dumas, son arme de prédilection et son lieu de circonvolution déstabilisatrice.

Avec la gouvernance tournante du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), initiée en 2024, le pic de la démocratie « Lòbèy » est atteint, accompagnant la marche accélérée d’Haïti vers le misérabilisme et l’humanitaire.

Propos recueillis en gouvernance« Lòbèy » : « Moi, je n’ai pas demandé cette position de ministre. Pour quoi faire en ce pays abracadabrant ? On est venu me chercher, on m’a prié et j’ai accepté… Se rele yo rele m… Alors, pas étonnant que son Excellence réclame dommages et intérêts, en vertu de la nuance entre serviteur de l’État et engagé de l’État… »

En démocratie « Lòbèy », pas de place pour la gestion, discipline combattue, réprimée, ignorée. Gérer, c’est prendre en compte. Gérer, c’est organiser. Partir du point x, pour arriver à z, en passant par y, porté par les méthodes de l’art, des techniques et de la science, mises au service des droits et devoirs constitutionnels. De la gestion, en démocratie « Lòbèy », on n’en veut pas.Plus de cent soixante partis, mouvements, groupes et associations politiques y suppléent, assument cette tâche, accent mis sur les droits en inadéquation avec les devoirs, voix, actions et manifestations charriant des charivaris idéologiques dont leaders et militants d’occasion ou de fortune battent le tocsin soleil levant et couchant.

Le bruit, les sons, « deblozay » et « tripotay » singularisent la Démocratie « Lòbèy ». Coups de tambour, coups de guidon et coups de langue entrecoupés de gestes, d’appels et de discours tonitruants, captent l’attention, monopolisent, affectent consciences et comportements, orientés, dirigés vers le factice, le superficiel, le circonstanciel. C’est l’heure fatidique, où l’ « instantinctif » agresse, heurte, fragilise les voies de la lutte populaire pour le progrès économique, la stabilité et la paix sociale.

Alors, le pouvoir, longtemps dans la rue, s’identifie à la rue, est désormais la rue.

Au fil des années postérieurs à 1987, la Présidence à vie a cédé le fauteuil au Parlementarisme à mort. Se dessinent dans la suite, à l’encre rouge des droits et des devoirs bafoués, les contours et formes délirants d’une Démocrature, qu’illustre à merveille la démocratie « Lòbèy », au rythme quadrangulaire de la gouvernance cépétique.

Qu’on se garde de verser dans le simpliste factuel, en confondant, assimilant « Lòbèy » et « Deblozay ». Les deux charrient le bruit. Avec force et éclat. Coups de tonnerre et coups d’éclair. Les deux campent aux avenues, carrefours et voisinages de notre culture. Néanmoins, ce qui les distingue est significatif. Le « deblozay » est acte. La « Lòbèy » est état. Il est coutume que le « deblozay » ouvre la porte à la « Lòbèy ». Tandis que la « Lòbèy » agence, argente le « deblozay ». Pour l’exemple, retenons les « deblozay », qui ont conduit à la chute du PM, Ariel Henry et à son éclipse de la scène politique. Point de doute que l’événement s’apparente à un « deblozay ». Deblozay, qui ne tarde pas à ouvrir la voie à la Lòbèy Cépétique, illustrant le modèle inédit d’une gouvernance tournante à la commande d’une Démocratie Lòbèy, en charge du rétablissement des conditions sécuritaires, de l’écriture d’une nouvelle constitution et de l’organisation des joutes électorales. De l’acte du deblozay à l’état de la Lòbèy démocratique, Haïti est passée. De l’inédit dans notre histoire, sur quoi s’interroge notre bon et courageux peuple dans notre vernaculaire créole :

Gade yon Lôbéy nan peyi d’Ayiti !

Kote l sòti ? Kote l prale ? Pou konbyen tan li la ?

Ala de salmanaza, manman !

Ala de salmanaza, papa !

Haïti lève l’étendard de la lutte contre la colonisation et l’esclavage. L’Occident pénalise l’Afrique. L’Afrique lève l’étendard de la lutte contre le néocolonialisme et la démocrature. L’Occident pénalise Haïti. Entre Démocratie Lòbèy et démocrature se peaufine la « mardigrature » à la mode cépétique, bientôt en vente sur les marchés onusiens OEAtiques et OTANiques.

Le bruit, les poses, les parlotes rythment la démocratie Lòbèy, avec l’objectif fixé de détourner l’attention, de distancer des problèmes structurels et conjoncturels, auxquels citoyens et citoyennes font face.

Ce n’est pas peu. Mais la démocratie Lòbèy ne s’arrête pas là. Elle va plus loin. Le bruit choque, la distanciation éloigne, écarte. Se dessine alors un phénomène qui prend progressivement l’allure et la forme d’une dialectique nouvelle. La dialectique de l’immobilité démocratique ou méthode de non-résolution des contradictions, désaccords et conflits. Plus de droite, plus de gauche, plus de centre. Unis, réunis sur convocation, l’on ne pose plus les problèmes. On les déposent, gestes consensuels suivis de la juxtaposition des faits conjoncturels aux faits structurels. Ainsi, le fonda natal se noie dans l’instantanéité. On se parle, mais on ne s’entend pas. C’est la danse des portraits et des poseurs.

C’est une nouvelle dialectique, articulée sur la juxtaposition des contraires et la neutralisation des solutions. La démocratie Lòbèy, ce n’est pas peu. Marx, Engels, Lénine, Maotsetung, Roumain se questionnent. Comme le peuple haïtien.

Cette dialectique, qu’a-t-elle en commun avec l’art et les techniques de la zombification ? N’est-il pas illusoire de prétendre zombifier un peuple, dont le nombril est accroché à une terre entourée de mers ?

Le sel de 1804 sera réponse de solidarité, de paix et de progrès à cette question vitale, faisant lumière sur la culturelle « fréquencité » de « l’haitianité ».

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